Concept 9 mai 2018 - Le Figaro

Stokomani surfe sur l'insolente croissance du discount

Pour étendre son réseau, l'enseigne de bazar convoiterait le réseau de magasins de Toys“R”Us. 

L'appétit de Stokomani ne se dément pas. L'an dernier, l'enseigne de bazar a été candidate malheureuse, au sein d'un consortium, au rachat de Tati. Selon nos informations, elle lorgne maintenant les magasins de jouets Toys“R”Us. Si la filiale française du groupe américain ne trouvait pas de repreneur global, Stokomani récupérerait bien tout ou partie du parc hexagonal sachant que ses magasins sont de taille similaire (autour de 2 500 m2). 

« Nous étudions beaucoup de dossiers, nous avons du mal à satisfaire nos projets d'expansion, explique Delphine Mathez, présidente de Stokomani, contrôlé depuis 2012 par le fonds Sagard. À un moment où beaucoup d'enseignes resserrent leur périmètre, nous avons l'intention d'être un acteur de la consolidation du commerce en France. » 

L'an passé, l'enseigne avait repris des magasins C&A. 

Vers 200 à 300 magasins

La dirigeante ne cache pas ses ambitions.  Les 85 magasins Stokomani ont réalisé l'an passé un chiffre d'affaires de 450 millions d'euros (+15 %). « Il y a de la place en France pour 200 à 300 magasins Stokomani, indique Delphine Mathez. Nous aimerions atteindre cette taille de parc le plus tôt possible en prenant soin de ne pas mettre en danger l'entreprise. » 

Depuis son arrivée il y a quatre ans, Stokomani avance à marche forcée. L'entreprise est passée de 40 à 85 magasins et de 1 500 à 3 000 salariés. Le chiffre d'affaires a crû de 60 %.  Après avoir ouvert quinze magasins l'an passé, elle compte maintenir le rythme en 2018.  Elle a inauguré en début d'année un troisième entrepôt. 

Deux autres sont à l'étude, toujours près du siège, en Picardie, d'ici à cinq  ans.  « Il a fallu faire passer l'entreprise de l'ère artisanale à l'ère industrielle », raconte Delphine Mathez. De l'informatique aux achats en passant par le numérique, tout a été repensé.

 « Nous avons aujourd'hui le chiffre d'affaires au mètre carré le plus élevé du métier », revendique la dirigeante dont les clients dépensent 30 euros en moyenne par visite. C'est le poids des produits  de  marques  discountés  (45  %  de  l'assortiment)  qui  attire  les  clients.  Les jours d'arrivage, grâce à une communication sur les réseaux sociaux, il y a souvent des files d'attente à l'ouverture. Sur la partie déstockage, Stokomani s'approvisionne auprès des marques ou d'intermédiaires. L'une de ses forces est de renouveler chaque semaine les 75 % de l'assortiment des magasins. Si les articles de cuisine ont longtemps eu le vent en poupe, le jardin et le sport ont pris le relais. La part du textile tend à se réduire. Stokomani a été créé par Maurice Namani au début des années 1960 dans la foulée du roi du bazar, Tati. Encore peu présente en région parisienne et moins connue que Foir'Fouille ou Gifi, l'enseigne, qui revendique un côté « caverne d'Alibaba » savamment organisé, se distingue  par  son  assortiment  composé  à  40  %  de textile et à 60 % de bazar. « Nous sommes à mi-chemin entre la brocante et la chasse aux trésors, commente Delphine Mathez. Nous sommes l'anti - Amazon! » Comme ses rivaux Centrakor ou Action, Stokomani reste porté par l'insolente santé du marché du bazar (+7  %  l'an  passé).  Face à l'essor de l'e-commerce et aux bouleversements de la distribution, Stokomani réfléchit à varier les formats de magasin. Uniqlo, qui combine au Japon flagships sur plusieurs étages et boutiques dans le métro, est sa référence.